Congrès de la FSESP : Fighting for a Future for All*

Publié le 10/07/2019

Du 4 au 7 juin 2019 se déroulait à Dublin en Irlande le 10e congrès de la Fédération syndicale européenne des services publics (FSESP). Notre fédération Interco CFDT et la fédération CFDT santé-sociaux, qui sont les deux fédérations CFDT affiliées à cette fédération européenne, étaient présentes à ce congrès.
Retour sur quelques temps forts de cet événement qui a permis de faire le point sur les combats à mener pour renforcer les services publics et ses travailleurs en Europe

La CFDT investit dans le syndicalisme européen

Fin mai, Laurent Berger a été élu président de la Confédération européenne des syndicats (CES). Dans ce cadre, il a réuni les secrétaires généraux et les responsables Europe des fédérations.
Il leur a indiqué que cette présidence de la CES n’est pas seulement une plus grande responsabilité pour lui-même et pour notre confédération, mais une responsabilité qui incombe à toute la CFDT (confédération, fédération, syndicats).
Laurent Berger nous a invité à être présents dans chacune des fédérations européennes sectorielles et de se servir de sa présidence comme un levier pour faire grandir le mouvement syndical européen que nous voulons voir peser et auquel nous tenons pour permettre à l’Union Européenne d’être plus juste et plus sociale. C’est, fortes de ce message, que notre fédération Interco-CFDT et la fédération
CFDT santé-sociaux se sont rendues à ce congrès de la FSESP. Preuve de l’importance que nous donnons à l’Europe, nos délégations étaient chacune menées par nos secrétaires générales Claire Le Calonnec et Eve Rescanières.

 

Allocution du président irlandais Michael D. Higgins

Chose assez rare dans nos pratiques, la venue de responsables politiques à des congrès syndicaux est assez répandue en Europe. C’est ainsi que nous avons eu le premier jour du congrès, une allocution très remarquée de M. Michael D. Higgins, Président de la République d’Irlande.
Ayant été lui-même syndicaliste pendant près de cinquante ans, il a eu un discours très incarné et positif sur la place des syndicats dans la construction d’une société plus juste. Il a rappelé que les mouvements sociétaux pour les droits civiques, contre l’apartheid ou pour l’égalité des droits, avaient toujours fait appel au syndicalisme pour porter et amplifier leur lutte. Il a d’ailleurs souligné combien le titre de notre congrès « Fighting for a Future for All » (se battre pour un futur pour tous) impliquait la nécessité d’une dimension internationale à nos revendications avec, notamment, la question des migrations et les questions de genre. Il a ensuite, plus globalement, dressé un tableau de sa vision d’une société écologique et sociale, dans laquelle le syndicalisme a un rôle fondamental à jouer. Il a enfin appelé à une action des syndicats en matière de changement climatique et d’égalité des sexes. Bref, un discours long, détaillé, enthousiasmant, avec des références historiques mais aussi des perspectives. Ça fait du bien !

Suite à cette intervention, ce sont les jeunes (il existe un groupe jeune au sein de la FSESP) qui sont intervenus avec un slogan fort : « nous ne sommes pas votre avenir, mais déjà votre présent ! ».

 

Interventions et débats portés par les représentants CFDT

Les représentants CFDT (santé-sociaux et Interco) sont intervenus durant ce congrès sur les difficultés qui sont faites au secteur public de la santé et sur la question de l’égalité femme-homme.
Notons que ce congrès comptait une majorité de femmes parmi les représentants présents et également une majorité de prises de parole par des femmes. Un amendement proposé par la fédération CFDT santé-sociaux et soutenu par l’ensemble des affiliés français (des fédérations de la CGT, FO, UNSA et de la CFE-CGC sont également affiliées à la FSESP) a porté sur les processus décisionnels de la FSESP afin qu’ils intègrent des votes plus fréquemment.
Cet amendement n’a malheureusement pas été retenu. Il faut dire que la coopération entre nos fédérations européennes se heurte parfois à des systèmes de fonctionnement très variés suivant les pays. C’est pourquoi le consensus est pour le moment le mode de décision qui reste privilégié. Nos interventions ont porté notamment sur la façon d’organiser la coopération entre nos fédérations européennes, la rendre plus efficace et la faire connaître. Ce qui n’est pas aisé car le syndicalisme et les services publics ont des fonctionnements très différents suivant les pays. La fédération Interco CFDT est intervenue pour redoubler de motivation pour révéler le potentiel sociale de l’UE et pour inviter la FSESP à travailler le plus collectivement possible et de profiter notamment de la présidence de Laurent Berger pour travailler plus étroitement avec la CES.

 

Extraits de l’intervention d’Interco

Notre fédération a souhaité prendre la parole sur la section C10 « renforcer la FSESP » afin d’en souligner l’importance. Voici quelques extraits de ce que nous avons voulu faire passer comme message.

« Au sein de la FSESP et durant ce congrès, nous prenons le temps de nous accorder concernant les objectifs sociaux que souhaitons défendre, les dérives politiques que nous voulons combattre, et le modèle de société que nous voudrions voir instaurer. Mais, à notre avis, nous ne discutons pas toujours assez ensemble sur la stratégie et l’organisation que nous pourrions mettre en place pour nous permettre de gagner plus de batailles et obtenir plus de résultats.

Mettons au coeur de nos objectifs le combat pour une Union Européenne plus sociale
Plus nous ferons de l’UE un modèle alternatif écologique et social, plus grandes seront les chances de diffuser un mouvement positif dans les pays de l’Europe élargie et dans le monde. [la FSESP regroupe des fédérations syndicales de l’Union Européenne mais également de l’Espace économique européen, et des pays tels que la Russie, la Turquie, la Norvège ou l’Azerbaïdjan]. Certes, la défiance envers l’Union est toujours forte et le Brexit est passé par là mais nombre de dirigeants européens, économiques et politiques, ont pris conscience que l’UE est menacée de dislocation si le marché unique n’est pas contrebalancé par des droits sociaux et un mieux-vivre concret pour les travailleurs et les citoyens.
Notre conviction, c’est que l’UE a un réel potentiel de conquêtes sociales atteignables dans les cinq prochaines années. Et, paradoxalement, c’est probablement donc le bon moment pour croire à une avancée de l’Europe Sociale, et pour agir avec motivation, en particulier dans le cadre du dialogue social européen ! Et, pour ce travail la FSESP est bien sûr notre principal et très précieux outil !

Veiller à ce que les affiliés soient pleinement impliqués
Il est important pour nos combats que tous les travailleurs et tous les membres de la FSESP sentent qu’ils font partie d’un même mouvement et qu’ils y participent activement. Il est important de nous fixer des objectifs concrets lisibles et atteignables à partir desquels il est plus facilement possible de fédérer nos adhérents. À ce propos, nous sommes d’accord avec l’affirmation selon laquelle « la FSESP doit accroître sa capacité d’action juridique et politique ». En effet, à l’instar du recours que nous avons engagé contre la Commission Européenne pour que soit donné une suite à l’accord info-consultation conclus par les partenaires sociaux européens dans les administrations centrales, il nous faudra certainement mener d’autres d’actions juridiques en nous appuyant par exemple sur la Charte des droits fondamentaux, devenue juridiquement contraignante depuis dix ans.

Nos combats se renforcent en collaborant avec d’autres organisations syndicales et sociales
Nous connaissons bien Laurent Berger, le nouveau président de la CES, puisqu’il est le secrétaire général de notre confédération. Comme nous, il n’est pas un européen béat, mais un européen convaincu. Il est conscient qu’aujourd’hui le syndicalisme européen rencontre les mêmes problèmes que l’Europe : il n’est pas assez incarné et parfois trop institutionnalisé et mal connu de sa base. Laurent Berger ambitionne que le syndicalisme européen initie un mouvement en y associant la société civile et qu’il se rapproche des territoires. Il veut aussi que soit recréé du lien avec les affiliés. Nous pensons donc qu’il faudra, dans les cinq années à venir, travailler plus étroitement avec la CES. Par exemple sur des sujets comme les marchés publics - qui représentent 40% des investissements en Europe - pour qu’il y ait une obligation de clause sociale dans les appels d’offres. Travailler aussi avec la CES sur le sujet du nombre d’adhérents dans nos fédérations, qui s’érode presque partout. Notre travail syndical européen et mondial, lorsqu’il est relayé dans nos syndicats locaux, peut être un levier pour attirer à nous des adhérents et notamment des jeunes, conscients que des grands enjeux écologiques et sociaux se jouent au niveau européen. Une bonne raison de plus pour nous, les affiliés, de soutenir la FSESP dans des actions concrètes qui parlent à nos adhérents ! ».

(*) Traduction : se battre pour un futur pour tous