Europe et migrants : Déclaration du Comité Exécutif de la FSESP 29 avril 2015

Publié le 04/05/2015

L’Union Européenne doit assumer ses responsabilités dans la crise des migrants et demandeurs d’asile qui se déroule en mer Méditerranée et en mer Egée et pose neuf exigences aux dirigeants des Etats membres.

Réunis à Bruxelles le 29 avril 2015, les responsables syndicaux des services publics de toute l’Europe ont observé une minute de silence pour commémorer la mémoire des 800 personnes qui sont mortes en Méditerranée le 19 avril alors que leur seul espoir était de trouver un havre de paix et une meilleure vie en Europe.

Ceci est survenu alors que dans le même temps un autre bateau a sombré en mer Egée tuant 3 personnes et juste après un autre naufrage en Méditerranée emportant 400 personnes.

Depuis le début de l’année, au moins 1500 personnes sont mortes alors qu’elles tentaient de rejoindre l’Europe, soit 30 fois plus que l’année dernière à la même époque qui était en soit déjà un record.

La plupart de ces personnes qui se sont noyées, dont de nombreux enfants, venaient de Syrie, d’Erythrée et de Somalie. Nombre d’entre elles auraient pu obtenir le statut de réfugié au sens de la Convention de Genève.

La Commission Exécutive de la FSESP exprime sa profonde douleur et pense que ces tragédies auraient pu être évitées. L’année dernière, la CES a exhorté l’Union Européenne de contribuer au financement du dispositif de l’Etat Italien de recherche et de secours en Méditerranée « Mare Nostrum » qui a sauvé des milliers de vie. Cela a été refusé pour des raisons que l’on pourrait qualifier de cyniques.

Il est consternant que le sommet européen d’urgence qui s’est réuni le 23 avril suite à cette crise humanitaire n’ait pu se mettre d’accord sur ce qui relève véritablement de l’urgence, à savoir rechercher et sauver des vies dans les eaux internationales.

Au contraire, l’Union Européenne s’est contenté d’augmenter le budget de Frontex sans changer aucunement son mandat consistant à contrôler les frontières de l’Union et de maintenir les opérations à portée particulièrement limitée de  "Triton" et "Poséidon" signifiant ainsi que l’Union Européenne priorise la protection des frontières au détriment de la protection des êtres humains.

Tandis que le sommet Européen a conclu à la nécessité de partager le déploiement des demandeurs d’asile ce qui constitue un pas dans la bonne direction pourvu que l’on sollicite l’accord du demandeur d’asile concerné, il est choquant d’apprendre les annonces faites par de nombreux gouvernements d’Etats membres sur le nombre ridiculement bas d’accueil au regard des millions de réfugiés provenant d’Afrique  et/ou du Moyen Orient. Alors que ce sont les pays du Sud de l’Europe qui subissent le plus les politiques d’austérité et le chômage, ce sont eux, de par leur position géographique, qui sont en première ligne dans ces drames de la migration. Le laisser faire de l’lU.E est criminel.

Le secours des populations doit primer sur les considérations budgétaires. La FSESP en lien avec l’ISP demande :

- La restauration immédiate des financements européens pour les opérations de recherche et de sauvetage similaires au programme Mare Nostrum,

- Des effectifs suffisants et bien formés dans les services d’accueil et de traitement des demandeurs d’asile

-  Accroître les efforts pour assurer des conditions de vie décentes aux réfugiés et demandeurs d’asile

-  En référence à la Convention de Genève des Nations Unies, établir des voies légales de sécurité pour ceux qui fuient la guerre et les persécutions

- Suspension immédiate de la convention de Dublin selon laquelle le pays d'arrivée de l'UE est responsable du traitement des demandes d'asile des requérants, plaçant ainsi une contrainte  injuste sur les pays impliqués dans les opérations de sauvetage, comme l’Italie, la Grèce, Malte, l’Espagne et Chypre, qui sont déjà les pays les plus impactés par des coupes dans les budgets publics

-  Etablir des voies légales de migration et soutenir la régularisation des sans papiers

-  Soutenir le recrutement éthique et la fidélisation des travailleurs migrants dans le secteur public

-  Stopper les négociations bilatérales sur la sous-traitance des demandes d’asile avec les pays tiers qui ne respectent pas les droits humains tel que l’Erythrée

- Réaliser des évaluations d’impact en matière social, économiques et humanitaires des interventions extérieures de l’U.E  avant même leur mise en œuvre.