Déclaration Liminaire CAP psychologues du 1er juillet 2022

Publié le 01/07/2022

Une des dernières CAP des psychologues exerçant à la PJJ.

Depuis le décret du 8 décembre 2021 un corps ministériel a été créé à la Justice et nous
tenons, auprès du représentant du Secrétariat Général, à lister les fortes inquiétudes des
psychologues quant à la gestion à venir de ce corps.

Tout d’abord cette confrontation aujourd’hui à de difficultés récurrentes sur des demandes de
prolongation de stage concernant la titularisation de deux psychologues.

Nous retrouvons par ailleurs depuis des années les mêmes thématiques « marronniers » :

- Autour de l’autonomie technique des psychologues encore perçue comme concurrentielle à
une autorité administrative mal positionnée. La formation des cadres sur les spécificités et les
exigences de la profession reste toujours à faire pour que cessent des attaques qui viennent
dégrader les relations de travail et entraver les missions pour lesquelles un psychologue est
recruté.

- De même le conflit stérile autour des permanences éducatives, qui ne sont en aucun cas
une mission des psychologues, s’emmêle avec la continuité du service public qui est d’un autre
ordre. La notion de pluridisciplinarité qui résonne encore comme un « tous d’accord » sans
possibilité de prendre en compte justement ce qui en fait la force : les écarts voire les divergences
de points de vue.

- Une surcharge de travail sur l’année de prise de fonction où nous réitérons la demande
d’une restauration de décharge de temps de travail pour dégager du temps de découverte de
l’institution, du public et la prise en compte du travail lié aux regroupements, aux stages qui sont
essentiels et très appréciés.

- Nous resituons aussi ces thématiques dans le contexte de l'année particulière que
nous avons vécue, avec la mise en place à pas forcés du C.J.P.M. Les équipes ont été très
impactées et si nos collègues éducateurs ont vu leur quotidien professionnel bouleversé par de
nouvelles contraintes de prises en charge et des délais rapprochés, les psychologues ont aussi dû
faire face. Ils ont été présents en tant que soutien des équipes et ils ont dû adapter leurs pratiques
auprès de collègues, ne pouvant être autant disponibles pour d'autres mesures comme les
investigations ou certaines missions. Les liens professionnels dans des équipes en souffrance se
sont parfois délités, au risque de malmener davantage chacun et de majorer les conflits.

Ces changements, ainsi que celui des champs de compétence des assistants de service social, ne doivent pas être négligés quant à leurs impacts sur l’usure des professionnels et demandent une gestion humaine et adaptée au plus près du quotidien des équipes pluridisciplinaires dont les psychologues sont parties prenantes.

D’autres points d’inquiétudes sur la gestion du corps ministériel des psychologues peuvent se synthétiser comme suit :

Le recrutement a été choisi « sur titre » contrairement aux modalités d’un concours sur épreuves reconnu depuis des dizaines d’années comme particulièrement sérieux et garantissant au mieux un anonymat. Dont acte. Mais qu’en est-il maintenant du travail de passation de l’expérience acquise sur un recrutement de professionnels qui nécessite une connaissance à minima sur les spécialités, le positionnement éthique et les règles déontologiques de la profession ? Comment les psychologues vont-ils être associés dans la préparation des concours, les jurys et les délibérations ?

Un réseau de psychologues cliniciens à la direction des services judiciaires vient de se créer, ce qui est une nouvelle ouverture pour la profession dans ce ministère. Mais le ciblage des postes selon les directions et des spécialités liées à des formations universitaires est une complexité qu’il est essentiel d’anticiper avec la plus grande attention.
Un recrutement est prévu au dernier trimestre 2022 avec une prise de fonction en mai ou juin 2023. Un calendrier de travail est-il prévu avec les organisations syndicales ?

Le recrutement des contractuels nécessite de garantir un dispositif où des psychologues doivent être associés. Nous avons encore actuellement à traiter un recrutement d’un agent contractuel sur un poste de psychologue alors que les conditions de diplômes n’ont pas été respectées. Sur la Place de l’Emploi Public nous notons encore dans les exigences de diplômes un niveau 6 ce qui contrevient totalement à l’exigence légale du titre de psychologue de niveau 7.

La PJJ comme dans l'ensemble de la Fonction Publique n'arrive plus à attirer suffisamment de nouveaux professionnels. Nous craignons que les exigences de diplômes soient reléguées parfois au second plan, contribuant à disqualifier l'institution, autant en direction des magistrats que des familles.

Le SNP et CFDT Interco justice sont engagés de manière plus large dans la mobilisation autour de l'identité de psychologue attaquée notamment par le dispositif monPsy lancé à grand fracas publicitaire par le gouvernement pour pallier à la suppression de postes dans les services publics prenant en charge les personnes en souffrance. La défense de la présence de psychologues diplômés et qualifiés dans le domaine psychopathologique reste une garantie pour la protection du public dans le libéral et dans les institutions.

Il est donc nécessaire que la PJJ soit irréprochable sur ce plan au vu de l'importance des prises en charge et de la portée des écrits judiciaires.

Nous rappelons également que la circulaire de 2013 sur l’organisation du travail des psychologues à la PJJ n’est plus en cohérence avec le nouveau statut ministériel et doit donc être revisitée avec la prise en compte du temps FIR des psychologues qui est lié à la profession et reconnue par ailleurs dans la fonction publique.

D’autre part de nouvelles modalités dans la gestion de la mobilité dite « au fil de l’eau » viennent bousculer les repères avec le constat d’une absence de doctrine concernant les règles à tenir sur la mise en disponibilité des postes, leur parution, la priorité d’un titulaire et la durée pendant laquelle un poste peut rester vacant avant d'envisager le recrutement d'un contractuel. La question corollaire de cette problématique est la durée minimum des contrats des postes de psychologue pour mener quelque mesure que ce soit. Sans compter qu’à la Direction de l’administration pénitentiaire, les circonvolutions pour faire rentrer les contractuels dans le corps, tout en étant transparent sur les postes accessibles pour tous, devient un exercice des plus complexes.

Concernant l’avancement, l’effectif du corps ayant augmenté la promotion du hors classe va demander des répartitions équitables et des critères à revisiter.

Bien d’autres sujets pourraient être évoqués où nous alertons sur la nécessité de mettre en place des groupes de travail sur la gestion du corps des psychologues au ministère de la Justice afin d’éviter un démarrage « à risque » car insuffisamment préparé et sans aucun dialogue social avec les organisations syndicales

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