La CFDT-Interco échange avec les syndicats européens sur les politiques d'immigration

Publié le 19/11/2010
La fédération Interco CFDT était présente à la conférence sur l'immigration des syndicats européens réunis en octobre à Malaga.

La CFDT-Interco échange avec les syndicats européens sur les politiques d'immigration
La CFDT-Interco échange avec les syndicats européens sur les politiques d'immigration
La fédération Interco CFDT était présente à la conférence sur l'immigration des syndicats européens réunis en octobre à Malaga.

Syndicalisme européen et immigration

Les 21 et 22 octobre 2010 se tenait à Malaga la 3éme conférence sur l’immigration du collège méditerranéen de la Fédération Syndicale Européenne des Services Publics (FSESP) et de l’Internationale des Services Publics (ISP).

La présence de la CFDT a été d’autant plus remarquée qu’Interco était la seule organisation syndicale française présente et que l’ensemble de nos collègues syndicalistes observait avec une certaine admiration notre unité syndicale et notre mobilisation face au projet de réforme des retraites.
 
Ces 2 jours de travaux ont été l’occasion de faire le point sur la politique européenne en matière d’immigration et de présenter les premiers résultats d’une enquête engagée auprès des syndicats du collège sur les conditions de mise en œuvre du service public de l’immigration.
Pour notre fédération, cela a été l’occasion de faire un rapide point sur l’évolution de ce dossier au niveau national et sur les points d’accroche sur lesquels la fédération envisage d’engager un travail plus approfondi.
 
Ce cycle de conférences est né lors du congrès de la FSESP à Bruxelles en 2009. Les syndicats du collège méditerranéen avaient porté un amendement sur la prise en compte dans les orientations de la Fédération Européenne de la problématique de l’immigration dans notre action syndicale nationale et européenne.
C’est à la suite de l’adoption de cet amendement que le collège a décidé d’organiser une série de 3 conférences sur cette thématique. La fédération Interco a décidé d’y participer au moment même où la Présidence française européenne prônait une politique commune dans ce domaine. Depuis, il y a eu une nième loi sur l’immigration, la « chasse » aux Rroms et les dérapages grenoblois…
 
Yves Letourneux

Déclaration Interco-CFDT aux journées de Malaga

En France, l’Immigration, cela a déjà été dit précédemment, a toujours été une question profondément politique qui clive les partis politiques d’où l’impossibilité, voire l’incapacité d’avoir un débat serein sur cette question alors même que la France, en un siècle, va passer d’une terre d’immigration ouverte avec une large politique de régularisation a posteriori même si après le 1er choc pétrolier en 1974 on s’engage sur une politique de contrôle des flux migratoires à une immigration « choisie et utilitariste » et une restriction forte des régularisations.
 
Aujourd’hui, cette question est devenue un enjeu voire la marque de fabrique de Nicolas SARKOZY pour aller chasser sur les terres de l’extrême droite d’où en 7 ans pas moins de 5 lois sur l’immigration (3 en tant que ministre de l’intérieur et 2 comme Président).
 
De même, la création d’un Ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale marque fortement ce mouvement ainsi que les dérives du discours de Grenoble où pour la première fois, dans un discours officiel, un Président de la République différencie 2 sortes de français et les expulsions collectives et massives des rroms durant l’été. L’amalgame insécurité et immigration se voit une nouvelle fois en première ligne.
 
4 points importants pour comprendre la situation française et le travail syndical d’une fédération qui organise la quasi-totalité des services publics de l’État participant à cette politique de l’immigration et des collectivités territoriales qui suppléent souvent les manques de l’État dans l’accompagnement social des travailleurs étrangers et des sans papiers :
 
                               1/ la création en 2007 d’un guichet unique tant pour accueillir l’immigrant que pour définir et contrôler la politique d’immigration d’où une certaine appréhension de la part de l’étranger qui voit dans le service à la fois le « bâton » et l’accompagnement. Mais aussi, des conditions de travail qui se détériorent pour les personnels en charge des services immigration au sein des préfectures et un fort sentiment d’abandon et de non reconnaissance professionnelles d’où notre opération avec la CIMADE devant la préfecture de Bobigny.
 
                               2/ le choix en 2010 de ne pas inclure dans la cohésion sociale la gestion de cette politique publique mais de l’intégrer aux services des préfectures recentrées par la RGPP sur son cœur de métier de maintien de l’ordre public et respect des règles d’où un profond malaise pour un certain nombre de collègues dans cette démarche.
 
                               3/ La dérive d’un État qui veut utiliser l’ensemble de ses services publics dans sa politique de lutte contre les clandestins, les sans papiers à sa politique sécuritaire. Ainsi, c’est une fois aux personnels de l’Éducation Nationale qu’une circulaire arrive demandant de signaler toute inscription d’enfants dont les parents pourraient être en situation irrégulière. C’est aux travailleurs sociaux ou aux médecins de santé publique que l’on sollicite pour aller contrôler des squats. Ou encore dernièrement, l’orientation forte donnée aux inspecteurs des services vétérinaires ou de la concurrence et des prix d’aller contrôler prioritairement certains établissements gérés par des étrangers.
Dans tous ces cas, l’action syndicale est indispensable pour accompagner le fonctionnaire, l’agent public face à cette remise en cause du sens même des missions qu’ils assurent.
 
                               4/ Une complexification des dispositifs administratifs et le manque de moyen humains qui font passer un certains nombre de situations dans le camp des situations irrégulières.
 
Enfin je ne peux terminer cette intervention sans rappeler le fort investissement de notre confédération et des structures interprofessionnelles dans l’accompagnement des travailleurs clandestins pour obtenir des régularisations. C’est ainsi que la CFDT avec l’ensemble des autres organisations syndicales françaises et des associations ont saisi le Premier Ministre pour la mise en place de critères objectifs de régularisation.
 
De même, la CFDT et la CNTS sénégalaise ont décidé de mettre en place des permanences d’information dans la Région Parisienne à destination des travailleurs d’Afrique francophone pour les aider à faire respecter leurs droits.
 
Je veux rappeler avec force que ce que renvoie la France aujourd’hui n’est pas l’image de la France dans sa totalité mais celle d’un pouvoir qui ne sait pas comment répondre aux enjeux et aux craintes d’aujourd’hui et de demain. Les Français dans leur majorité, et tout le monde syndical, restent particulièrement attachés à notre histoire d’une terre d’accueil et d’intégration.