Le grand bug de la réforme de l'Etat

Publié le 23/11/2009
L'efficience des services publics, un moindre coût pour le contribuable, la baisse de la dette publique, la CFDT est pour. Mais parce que l'agenda politique se contrefiche de la réalité, la réforme engagée court à sa perte. Ainsi, le plantage du système censé permettre la délivrance des certificats d'immatriculation des véhicules est un bon exemple d'une réforme des services publics menée en dépit du bon sens.

Le grand bug de la réforme de l'Etat
Le grand bug de la réforme de l'Etat
L'efficience des services publics, un moindre coût pour le contribuable, la baisse de la dette publique, la CFDT est pour. Mais parce que l'agenda politique se contrefiche de la réalité, la réforme engagée court à sa perte. Ainsi, le plantage du système censé permettre la délivrance des certificats d'immatriculation des véhicules est un bon exemple d'une réforme des services publics menée en dépit du bon sens.

Bookmark and Share

 Le grand bug de la réforme de l'Etat

Deux ans qu’on le dit ! Deux ans que l’on pointe du doigt la charrue placée devant les bœufs de la réforme des services de l’État, deux ans que le laboureur de Matignon placé sous les ordres du fermier général de l’Élysée veut n’en faire qu’à sa tête. Le bug général du nouveau logiciel d’enregistrement des cartes grises constitue un bon exemple de ce qu’il ne fallait pas faire et dont aujourd’hui les agents des préfectures comme le public font les frais. Qu’on en juge :
Au départ, une bonne idée. Accélérer et simplifier la délivrance des titres au nombre desquels les cartes grises (rebaptisées certificats d’immatriculation), les cartes d’identité, les passeports biométriques… le gouvernement décide donc de créer une agence nationale de délivrance des titres qui en assure la fabrication puis la délivrance. Pour l’alimenter, une vaste toile d’araignée numérique et pour la saisie des cartes grises, des garagistes habilités en plus des agents des préfectures qui se consacrent en priorité aux cas complexes. Mieux, pour les véhicules d’occasion, le particulier n’aura même plus à se déplacer, tout se passera par Internet. Autre avantage du système, il devient inutile de maintenir une masse d’agents affectés à ces tâches répétitives. Il est possible de diminuer le nombre de fonctionnaires et affecter les agents administratifs qui restent à des fonctions plus nobles. D’ailleurs, on n’attend pas. La RGPP ce sont d’abord des économies de personnel et dans le même temps que se déploie le système, on supprime déjà des postes.
Mais voilà, dés son déploiement au printemps, le système informatique qui ne gère encore que les véhicules neufs rame. Les délais de saisie s’allongent tout comme les temps de transaction entre les divers serveurs, notamment ceux des constructeurs automobiles. On invoque le rodage. On prend son mal en patience. Les techniciens des services informatiques (SIC) s’échinent pour optimiser le système. A la fin de l’été, les contractuels recrutés pour accompagner le déploiement du système sont renvoyés chez eux alors que le 15 octobre le système doit s’ouvrir aux véhicules d’occasion…
Arrive le 15 octobre. Le système vacille, les délais de transaction s’allongent encore, pire, sans prévenir, les serveurs plantent. Lorsqu’un agent excédé parvenu enfin à remplir son masque de saisie lance la validation finale, tout disparait. Il n’y a plus qu’à tout recommencer. Rage !
Pendant ce temps là, évidemment, on imagine les usagers, tous déjà renvoyés par leur garagiste tout aussi excédé, à la préfecture. Dans certaines d’entre elles, la file d’attente rivalise avec celle des étrangers. A l’accueil, les agents affrontent la mauvaise humeur avec stoïcisme. Les semaines passent, ça empire. Les services ferment à midi pour laisser aux agents le temps d’une saisie aléatoire. Certains viennent travailler à 7h le matin : le réseau est moins chargé. On propose aux agents de revenir le samedi. On invite le public à déposer un dossier par courrier. Ce que le public ne sait pas c’est qu’il y a belle lurette qu’on ne traite plus les dossiers papier : on empile. On craque.
Le ministère commence par minimiser. Tout va bientôt rentrer dans l’ordre assure t-il. Un mauvais moment à passer, compensé par une prime exceptionnelle de 150€ mais que ne perçoivent pas les collègues de l’accueil qui en sont à supporter insultes et quolibets et au téléphone c’est pas mieux ! A la mi novembre, il faut se rendre à l’évidence. Alors que la CFDT relaie publiquement l’exaspération des personnels, le ministère sort les avirons ; on en appelle aux experts. On subodore que le problème non identifié provient de l’interfaçage avec les bases de données des anciens fichiers et l’on ignore pourquoi et comment le résoudre.
Pendant ce temps, dans les CTP, on étudie les nouvelles suppressions de postes prévues pour 2010…
Il est temps que ce gouvernement cesse de prendre ses fonctionnaires pour des bœufs ! Il est temps de geler les suppressions de postes alors que la charge de travail, loin de s’alléger, s’accroît par excès de précipitation. Mieux ! il devient urgent de rappeler les renforts et de les garder jusqu’à ce que tout rentre dans l’ordre, d’organiser les services pour laisser des temps de respiration au personnel qui suffoque, d’accompagner les agents d’accueil et de dire la vérité au public.  Il devient urgent de rendre du temps au temps d’une réforme menée en dépit du bon sens et….  
- Quoi ? La justice ? Qu’est-ce qu’elle a la justice ? Elle déploie son logiciel Cassiopée dans les juridictions, et alors ? Il faudra ressaisir manuellement 80% des dossiers de procédures parce que la reprise se fait mal… qu’est-ce que vous voulez qu’on vous dise !
Ludivine Jalinière
Olivier Mourot

Secrétaires Nationaux