Journée SPIP du 10 mars 2011

Publié le 11/03/2011
Ci-joint le texte de l'intervention faite au nom de la CFDT devant la direction de l'administration pénitentiaire en ce 10 mars 2011, jour de mobilisation des personnels des SPIP. Nous n'avons pas été reçus par le directeur, alors qu'après nous avoir fait savoir qu'il était absent, nous avons fini par apprendre qu'il était dans les locaux ! Nous avons fait devant la porte un mur imposant constitué de boîtes d'archives symbolisant les dossiers qui ne pouvaient pas être pris en charge par les personnels. Les représentants du SM et de l'USM étaient à nos côtés. La mobilisation continue et nous prenons date pour le mardi 29 tous ensemble à la manifestation nationale de Paris.
Journée SPIP du 10 mars 2011
Journée SPIP du 10 mars 2011
Ci-joint le texte de l'intervention faite au nom de la CFDT devant la direction de l'administration pénitentiaire en ce 10 mars 2011, jour de mobilisation des personnels des SPIP. Nous n'avons pas été reçus par le directeur, alors qu'après nous avoir fait savoir qu'il était absent, nous avons fini par apprendre qu'il était dans les locaux ! Nous avons fait devant la porte un mur imposant constitué de boîtes d'archives symbolisant les dossiers qui ne pouvaient pas être pris en charge par les personnels. Les représentants du SM et de l'USM étaient à nos côtés. La mobilisation continue et nous prenons date pour le mardi 29 tous ensemble à la manifestation nationale de Paris.

INTERVENTION JOURNEE SPIP 10 03 2011

Depuis plus d’un mois et demi, les services pénitentiaires d’insertion et de probation sont  avec d’autres services du ministère de la justice sous les feux de l’actualité. Il aura fallu pour cela, suite à un crime effroyable, que la plus haute autorité de l’Etat -le Président de la République en personne - dérape une fois de plus, une fois de trop.

En promettant que des têtes tomberaient, alors même que les rapports d’inspection n’étaient pas rendus, en invoquant -d’ailleurs dans la plus parfaite illégalité -une présomption de culpabilité englobant tout autant suspect et professionnels, le chef de l’Etat a allumé l’étincelle qui a mis le feu aux poudres et il a soufflé sur les braises.

Bien mal lui en a pris, la réponse est cinglante : le monde judiciaire -dans une peu commune et remarquable unanimité -le renvoie avec vigueur à ses responsabilités, à celles de son gouvernement et à celles du parlement qui vote les lois et le budget.

Car enfin, chaque fois qu’un nouveau crime défraye la chronique, il ne suffit pas de déclamer publiquement son indignation, de jouer la simplissime musique de l’émotion populaire, d’annoncer une nouvelle loi plus dure que la précédente et aussi souvent inapplicable, il faut se doter des moyens de faire fonctionner les services publics, et notamment celui de la Justice, a fortiori quand on affiche un prétendu Etat exemplaire et une tolérance zéro.

Mais que voit-on ? Une boulimie de lois et de réformes qui conduit les personnels des SPIP à devenir, comme l’écrit l’universitaire Jean Charles Clément dans LE MONDE du 3 mars, « les réceptacles involontaires s’il en est de toutes les incohérences des politiques pénales engagées depuis de nombreuses années ».

Un esprit logique pourrait penser que l’acharnement à bousculer de façon incessante la législation pénale s’accompagne des moyens nécessaires à sa mise en oeuvre, il n’en est rien. C’est même le contraire qui nous est proposé ! Quand l’étude d’impact menée à l’occasion de la loi pénitentiaire évoque une norme de 60 mesures par CIP afin d’assurer un suivi dans des conditions satisfaisantes et conclue à la nécessité de créer 1.000 postes supplémentaires, le recrutement aux concours externe et interne pour 2011 est tout simplement de 29 !

Il faut souligner par exemple en IDF, et c’est révélateur et nouveau, que l’assemblée plénière des magistrats du siège et du parquet du TGI de Paris a, le 8 février dernier, voté à l’unanimité moins une abstention, une motion demandant « que les préconisations de l’étude d’impact menée par la Chancellerie à l’occasion du vote de la loi pénitentiaire soient respectées et que le nombre de dossiers affectés par CIP soit de 60. Le nombre de CIP au
SPIP de Paris devrait donc être de 105 contre 62 actuellement. Elle demande par ailleurs que les effectifs du greffe de l’application des peines soient en adéquation avec son activité ».

Alors que dire lorsque sur commande, le Directeur de l’Administration Pénitentiaire -après les rapports d’inspection concluant à l’absence de faute -non seulement désigne comme victime expiatoire un directeur interrégional, mais décide de l’affectation nominative de tous les dossiers en attente, quoiqu’il en coûte en termes de charge de travail pour les personnels et de désorganisation des services ?

Et bien nous disons que des dysfonctionnements comme ceux relevés à Nantes, il y en a tous les jours, dans tous les services, et de plus graves parfois et depuis des dizaines d’années. Nous disons que c’est matériellement impossible d’assurer un suivi correct des personnes placées sous main de justice au-delà des normes actées par l’étude d’impact. Nous disons que nous crions depuis trop longtemps dans le désert pour obtenir du personnel qualifié, formé.

Nous disons que nous refusons de porter des responsabilités qui ne sont pas les nôtres, des choix qui ne sont pas les nôtres. Nous exigeons ce renfort, dans les SPIP mais aussi dans tous les services de justice, et nous ne voulons pas des pseudo -solutions qui nous sont proposées avec des retraités, des vacataires et une énième réorganisation parce que nous refusons de faire n’importe quoi. Or, ce qui nous est demandé à nous tous, ressemble de plus en plus à n’importe quoi.

Lorsque les prescriptions de travail en arrivent à détailler jusqu’à l’absurde les procédures à suivre, il ne faut plus s’étonner qu’elles ne puissent être respectées, que le temps consacré à la bureaucratie prenne le pas sur celui du travail utile, ni que la désignation de faux responsables en soit facilitée.

Nous refusons d’être les Charlie Chaplin des temps modernes de la justice !

Nous voulons être reconnus, respectés. Nous voulons que le dialogue social tellement vanté par les autorités publiques ne soit pas qu’une coquille vide mais qu’il ait un véritable contenu. Nous ne voulons pas que la charte du dialogue social signée avec la précédente Garde des Sceaux soit le paillasson sur lequel les ministres successifs et leurs secrétaires généraux s’essuient les pieds !

Le tout dernier signal qui vient de nous être adressé il y a 48h montre qu’on en est loin. L’annonce brutale de la suppression du Comité Technique Socio Educatif est une véritable provocation, même si l’on pouvait s’y attendre avec la disparition de la mission d’accompagnement social et éducatif des Conseillers d’insertion et de probation et l’affirmation de leur rattachement au champ pénal et criminologique.

Nous ne laisserons pas faire !