Déclaration liminaire SNP-CFDT de la CAP du 18 avril 2019

Publié le 05/06/2019

Sfia NOUAMANE et Claudine FOULQUIER - SNP/CFDT 

Cette CAP s’ouvre dans un contexte délétère où les attaques incessantes de la Fonction Publique par le gouvernement actuel touchent bien évidemment l’ensemble des agents de la PJJ. Les slogans libéraux dans lesquels nous baignons se veulent modernistes. Or, rappelons ici que la modernité prônée par notre gouvernement n’a jamais autant visée l’affaiblissement du Secteur Public, dont la vocation première reste de lutter contre les inégalités sociales.

Ces attaques continuent de détonner, jusqu’à la PJJ. Le corps des psychologues à la PJJ ne fait pas exception. Pire encore, ce corps se situe en lieu et place symbolique d’une cible attaquée pour sa capacité à incarner et à porter humblement la singularité et la parole du Sujet.

Le statut et la place du psychologue PJJ sont ainsi attaqués sur les terrains institutionnels, mais également dans les représentations de chacun des agents de la PJJ, titulaires et contractuels, dont le discernement n’a pas encore été brimé par le langage opaque de la machinerie administrative. Ces agents, et ils sont nombreux, nous nous devons de les écouter, de les entendre.

Ces derniers aspirent toujours à une pluridisciplinarité de sens et non de vitrine. Ils nous demandent régulièrement de valider une approche, de raisonner ensemble autour d’une situation problématique, de questionner le cadre de leurs interventions... Ces demandes, souvent impossibles à adresser à leur propre hiérarchie, nous sont ainsi déposées en catimini, à nous les psychologues de la PJJ. Si bien qu’elles interrogent réellement l’efficience et l’accessibilité réelle de certaines hiérarchies.

Ainsi, c’est véritablement à l’aune des aspirations austéritaires du gouvernement, aspirations devenues politiques de gestion de plus en plus éloignées de la réalité des agents de la Fonction Publique et donc de la PJJ, que le psychologue continue de réaliser ses missions.

L’une d’entre elles, et pas des moindres rappelons-le, est de garantir la prise en compte de la réalité psychique afin de promouvoir l’autonomie des mineurs et jeunes majeurs confiés à la PJJ. Se porter ainsi garant de la réalité psychique d’un Tiers implique à la fois d’accepter d’être responsable de ce Tiers, de s’en préoccuper. Cette préoccupation, synonyme d’attention bienveillante et singulière, chaque psychologue PJJ la revendique et la promeut. Et pourtant, ce qui semble perpétuellement, et de façon crescendo, manquer dans nos tentatives de dialogue social avec l’autorité administrative relève paradoxalement de cette capacité à se préoccuper du Tiers psychologue à la PJJ.

Ce faisant, plusieurs questions ne cessent de nous interpeller en ce début de mandat. La question, indispensable mais restée obscure à ce jour, des modalités du nouveau statut ministériel des psychologues du Ministère de la Justice. Celle concernant la disparité de l’attribution du temps FIR, temps éminemment nécessaire à la pleine réalisation des missions du psychologue clinicien.

Dans la même mouvance, nous questionnons les disparités RH concernant les lots de postes vacants où la PJJ ne fait pas le choix de couvrir les postes de titulaires, favorisant ainsi une politique de recrutement de psychologues contractuels. Hétérogénéité que l’on retrouve également dans les  récentes modifications liées à l’application du PPCR et des nouvelles grilles indiciaires, ayant lourdement impacté de nombreux psychologues sur leur salaire et leur changement d’échelon.

De plus, de nombreux psychologues à la PJJ s’interrogent sur la capacité de l’autorité administrative à se saisir, non pas que sur la forme pour certains secteurs, mais bien sur le fond, des dérives et instrumentalisations incessantes contre lesquels ils ont à se défendre, souvent au quotidien. En effet, nous déplorons l’augmentation significative des confrères ayant à exercer dans des conditions de travail déplorables :

  • parfois sans bureau pour accueillir dignement un mineur et/ou sa famille en entretien clinique,
  • ou dans l’obligation, décrétée par une hiérarchie, de se déplacer avec son propre véhicule personnel tout en se voyant refuser la totalité réelle du remboursement des frais de déplacement occasionnés,
  • ou encore, régulièrement infantilisé, menacé et harcelé par leur hiérarchie au sein même d’une structure et ce, pour avoir souvent commis l’erreur de continuer d’apporter un travail de qualité au détriment du chiffrage institutionnel…

Nous le répétons, non seulement ces conditions existent, mais les psychologues à la PJJ sont de plus en plus nombreux à les dénoncer, restant ainsi fermement attachés à leurs convictions déontologiques et éthiques.

Là encore, raisonne la nécessité d’insister sur l’autonomie technique et l’indépendance nécessaire à la réalisation des missions du psychologue. Une autonomie venant, bien malheureusement, s’interpréter par certaines hiérarchies, comme relevant d’une simple disposition de l’esprit du clinicien là où nous savons, et nous le réaffirmons ici, que cette autonomie technique permet au psychologue d’apporter l’accompagnement psychique le plus qualitatif possible.

Cette qualité et technicité si spécifique à l'accompagnement clinique se construit par notre formation universitaire, par le respect de nos obligations déontologiques et l'exigence d'un respect de nos activités FIR, où le travail sur l'implication personnelle du psychologue est essentielle; par l'expérience des rencontres avec les jeunes et leurs familles. Cette sédimentation des savoirs, que les psychologues à la PJJ ont pu faire reconnaître souvent ailleurs qu'à la PJJ, est d'autant plus indispensable à soutenir par l'administration que nous recevons un public particulièrement