Vote électronique et citoyenneté : l’enjeu de l’inclusion numérique

Publié le 21/03/2014

Les débats sur le vote électronique à l’occasion des élections professionnelles nous offrent l’occasion d’affirmer clairement que l’accès et la maitrise du numérique sont bien un enjeu d’émancipation des individus au même titre que la maîtrise de la lecture et de l’écriture.

A l’heure où le numérique s’installe de plus en plus dans le monde du travail, à l’école, l’université, dans la vie sociale et citoyenne, dans les relations aux administrations, est-il encore possible de se contenter de dire que tout le monde n’a pas accès au numérique et qu’il faut donc maintenir une information « papier » pour permettre le même accès à l’information et aux droits? Peut-on prôner le développement durable et en même temps empêcher la mise en place de démarches et procédures dématérialisées, visant à limiter les déplacements et l’usage du papier ?

Comment concilier accès et exercice effectif des droits et évolution inéluctable des technologies ? Ne faut-il pas résolument faire en sorte que chaque citoyen, chaque travailleur ait accès au numérique et puisse en devenir un usager autonome, pour qu’il puisse développer son pouvoir d’agir ?

Le vote électronique est un révélateur des positions des uns et des autres face à ces questions. Permettre (et non rendre obligatoire) sa mise en place pour les élections professionnelles conduit chacun à se poser ces questions et s’interroger sur l’accès et l’usage de l’internet aujourd’hui pour les salariés du public, citoyens.

Pour la CFDT, toutes les occasions sont bonnes pour faciliter un usage raisonné et maîtrisé de l’internet, compétence aujourd’hui indispensable à tout citoyen. L’option est de permettre à chaque citoyen de développer cette compétence, dans une finalité d’émancipation tout en mettant en place les médiations nécessaires. Comme l’affirme l’académie des sciences[1], il s’agit de : « donner à tous les citoyens les clés du monde du futur, qui sera encore bien plus numérique et donc informatisé que ne l’est le monde actuel, afin qu’ils le comprennent et puissent participer en conscience à ses choix et à son évolution plutôt que de le subir en se contentant de consommer ce qui est fait et décidé ailleurs. »

Cette idée est fortement mise en avant par le conseil national du numérique dans son rapport d’octobre 2013[2], traduite par le terme d’inclusion numérique qui prend en compte l’équipement, mais aussi et surtout la capacité à s’en servir.

Plusieurs recommandations sont formulées, arrêtons nous sur les deux premières :

Recommandation 1 : Faire de l’accès à internet et ses ressources essentielles un droit effectif.

Différentes actions concrètes sont préconisées, notamment :

  • Poursuivre une politique ciblée de soutien à l’accès à internet et d’accompagnement des usages. Il s’agit de faciliter l’accès d’un point de vue pratique mais aussi accompagner la prise en main. Car les différentes expériences conduites démontrent que l’accès sans accompagnement de l’usage produit peu d’effet.
  • Créer un « trousseau numérique » mis à disposition de tous les français, qui contiendrait les éléments indispensables pour évoluer dans une société où la plupart des actes de la vie courante s’appuient sur des dispositifs numériques (adresse e-mail, espace de stockage en ligne des principaux documents administratifs numérisés, numéro de téléphone, messagerie…)

Recommandation 2 : Faire de la « littératie pour tous », le socle d’une société inclusive

 

Cette 2ème recommandation s’appuie sur le constat qu’il ne suffit pas d’avoir accès pour utiliser. La littératie numérique  se définit comme « l’aptitude à comprendre et à utiliser le numérique dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses compétences et capacités ». Cette définition rejoint la préoccupation plus globale de maîtrise des compétences clés qui inclut la maîtrise des « TIC »[3], terme de plus en plus remplacé aujourd’hui par « numérique ».

Cette deuxième recommandation est incontournable pour viser à l’émancipation des personnes et lutter contre une nouvelle forme d’exclusion, car sans la maîtrise de ces compétences clés d’usager du numérique, « la personne est confrontée à un véritable handicap cognitif, qui peut se révéler aussi violent que l’analphabétisme et qui affaiblit fortement son pouvoir d’agir ». Si certains « non usagers » en font le choix, ceux qui subissent la non connexion évoquent d’abord un problème de compétences (41%) puis un problème d’argent (12%).

La  préconisation n°7 du rapport Lenay[4] sur la formation des agents de catégorie C[5] remis au conseil d’administration du CNFPT « accompagner la dématérialisation et l’accès aux outils numériques d’information et formation » rejoint cette idée de trousseau et compétence clé numérique. Des propositions en direction des collectivités d’une part et du CNFPT d’autre part sont développées.

Pour la CFDT la maîtrise des compétences clés d’usager du numérique doit constituer un axe de développement de la formation professionnelle tout au long de la vie.

Véronique Sauvage


[1] « L’enseignement de l’informatique en France : il est urgent de ne plus attendre », 2013

[2] « Citoyens d’une société numérique – Accès, Littératie, Médiations, Pouvoir d’agir : pour une nouvelle politique d’inclusion »

[3] Cf annexe (ou encadré) 2

[4] Oui, oui, il s’agit bien de « notre » Jean-Claude !

[5] Rapport au conseil d’administration du CNFPT dans le cadre de la mission confiée par le président sur le développement de la formation pour les agents de catégorie C, mars 2013